Cet été, la France a battu un record historique. Selon le bilan publié par Météo-France le 3 septembre 2026, l’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900 avec une température moyenne de 24°C, une pluviométrie en déficit de près de 40 %, et une surface de forêt brûlée dépassant tout ce que l’on a pu connaitre dans notre pays [source].

Face à ces images de forêts en flammes se pose la question de la responsabilité individuelle ou collective. Des départs de feux volontaires à la sécheresse de la végétation aggravée par le changement climatique, beaucoup de facteurs entrent en jeu. Mais l’un de ces facteurs reste encore trop peu discuté dans le débat public : la nature actuelle de nos forêts. La forêt de pins des Landes n’en est pas une, au sens écologique du terme. Elle constitue une plantation : un peuplement forestier d’une seule essence, avec des arbres plantés en ligne, le tout pensé pour faciliter la production de bois à grande échelle. Ce manque de diversité fragilise les plantations, on pense au cas des épicéas déjà fragilisés par les scolytes, ou des pins des Landes justement, dont l’accumulation d’aiguilles sèches au sol s’enflamme au moindre contact avec une étincelle, sans aucune autre barrière végétale pour ralentir les flammes.

Le feu n’a pas toujours été l’ennemi de la forêt

Historiquement, certains incendies ont joué un rôle dans le renouvellement des espèces et la résilience des écosystèmes forestiers, à condition d’en maîtriser la fréquence et les lieux. Le pin d’Alep, très présent sur le pourtour méditerranéen, en est un exemple concret : ses cônes sont dits sérotineux, c’est-à-dire qu’ils restent fermés et ne libèrent leurs graines que sous l’effet de la chaleur d’un feu, un mécanisme de régénération qui suppose des incendies occasionnels. Dans les Pyrénées et les Cévennes, l’écobuage, une pratique pastorale ancienne consistant à brûler ponctuellement la végétation basse pour renouveler les pâturages, repose sur la même logique : un feu maîtrisé, localisé, qui n’épuise pas l’écosystème.

Le problème n’est donc pas le feu en soi, mais des peuplements rendus vulnérables par leur propre structure. Une monoculture dense comme la pinède maritime des Landes concentre au sol une épaisse litière d’aiguilles sèches, un combustible uniforme sur des dizaines de milliers d’hectares d’un seul tenant : c’est ce qui a permis au feu de Saumos de parcourir environ 42 000 hectares cet été. Une forêt mélangée, elle, oppose au feu une mosaïque d’essences, de strates et de niveaux d’humidité qui ralentit sa progression, même si elle n’en est jamais totalement à l’abri. Contrairement à une forêt mélangée, une monoculture n’a donc aucune marge de manœuvre face au stress climatique : elle brûle comme un seul bloc.

Ce qui distingue une plantation d’une forêt vivante

L’ingénieur forestier suisse Ernst Zürcher résume la différence en une phrase : dans un peuplement d’une seule essence, tous les arbres cherchent la même eau et les mêmes nutriments au même endroit, au même moment. Une forêt qui se régénère naturellement, elle, construit ce qu’il appelle des associations forestières : des espèces qui poussent bien ensemble, d’autres qui s’évitent. C’est ce qu’on appelle la sociologie végétale.

Cette diversité a un effet concret sur la résistance à la sécheresse. Les arbres à racines profondes vont chercher l’eau en profondeur et la relâchent en partie en surface par leurs racines, un phénomène connu sous le nom d’ascenseur hydrique : les espèces à racines superficielles en profitent directement.

Cette capacité à retenir l’humidité ne s’arrête pas aux racines vivantes. Une forêt naturelle, contrairement à une forêt exploitée où le bois est retiré dès qu’il tombe, en conserve aussi en abondance au sol. Loin d’être un simple résidu, ce bois mort constitue une base vitale pour de nombreuses espèces animales et végétales, et accélère le rajeunissement des forêts de montagne humides, selon l’Institut fédéral suisse de recherche WSL. Il agit aussi comme une éponge, gardant le sol humide plus longtemps qu’un sol nu.

Le lien avec l’été qu’on vient de vivre est direct : sur les 101 départements français, seuls 5 ont échappé à la vigilance orange ou rouge, selon Météo-France. Ces 5 départements ont un point commun : ils sont situés en zone de montagne humide, comme la Savoie, largement couverte de feuillus, ou les Pyrénées-Atlantiques, qui abritent la plus grande hêtraie d’Europe à Iraty. Ce ne sont pas les départements les plus arrosés qui ont été épargnés, mais ceux dont les forêts, par leur composition et ce qu’elles laissent au sol, retiennent le mieux l’eau.

La diversité végétale, condition de la santé des sols

Miser uniquement sur des essences plus résistantes à la chaleur ne suffira sans doute pas à protéger les forêts françaises. Deux études menées en parallèle, par des chercheurs français du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) et par des équipes allemandes et chinoises, montrent qu’une grande diversité végétale est nécessaire au bon état des sols dont elle dépend. La litière, cette couche de feuilles mortes qui restitue carbone et azote au sol en se décomposant, reflète directement cette diversité, et son bon fonctionnement conditionne la croissance des arbres.

Sur la façon de reboiser, les points de vue divergent entre les institutions officielles et les filières bois d’un côté, et les associations de protection de l’environnement de l’autre : le temps d’une filière tournée vers la productivité n’est pas celui d’une association qui vise le renouvellement des espèces dans le respect des écosystèmes.

Face à l’urgence, une priorité se dégage : nous devons protéger nos forêts mélangées et vivantes. C’est le principe sur lequel repose la première Forêt Sanctuaire, créée par l’association Au-Delà des Racines dans une forêt existante à Muttersholtz, en Alsace. L’association poursuit aujourd’hui l’accompagnement de nouvelles communes sur l’ensemble du territoire français, portée par la compétence de ses membres et le soutien de ses adhérents et donateurs. Plus ils seront nombreux, plus la voix de la forêt portera.

Toutes les informations pour rejoindre l’association se trouvent sur la page d’accueil du site foretsanctuaire.org.